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Caviarder un PDF : le rectangle noir ne cache rien

Dessiner un rectangle noir sur un passage confidentiel est la façon la plus répandue de caviarder un PDF, et elle ne cache rien du tout. Voici pourquoi, et ce qu'il faut faire à la place.

Publié le

Le geste qui ne protège pas

Vous recevez un document à transmettre, il contient un nom, un montant, une adresse qui ne regardent pas le destinataire. Vous ouvrez le PDF, vous prenez l'outil rectangle, vous le remplissez en noir, vous le posez par-dessus. À l'écran, le passage a disparu. Vous envoyez.

Le texte est toujours là. Vous ne l'avez pas supprimé, vous avez dessiné par-dessus. Un PDF n'est pas une image : c'est une pile d'instructions de dessin, et vous venez d'en ajouter une à la fin. Celles d'avant n'ont pas bougé.

N'importe qui peut le récupérer. Sélectionner le passage avec la souris et le copier suffit le plus souvent — le texte se copie sous le rectangle, puisqu'il est toujours dans le fichier. Une recherche par mot-clé le trouve. Le convertir en texte brut l'expose entièrement. Aucun de ces gestes ne demande de compétence particulière.

Pourquoi c'est si fréquent

Parce que rien ne prévient. Le document a l'air correct à l'écran, il a l'air correct à l'impression, il a l'air correct chez le destinataire qui ne cherche pas. Le défaut ne se révèle que devant quelqu'un qui cherche — c'est-à-dire exactement la personne contre qui on se protégeait.

Et parce que les outils qui proposent « surligner » ou « annoter » ne disent nulle part que ce n'est pas du caviardage. Ils font ce qu'on leur demande : ils dessinent.

Ce qu'est un vrai caviardage

Caviarder, c'est retirer le contenu du fichier, pas le recouvrir. Après l'opération, le texte n'existe plus : il n'y a rien à copier, rien à chercher, rien à extraire. Le rectangle noir qui reste est une marque visuelle indiquant qu'il y avait quelque chose, pas un couvercle posé dessus.

C'est ce que fait notre outil de caviardage : la zone que vous tracez est supprimée du contenu de la page. Le traitement a lieu dans votre navigateur, ce qui veut dire que le document confidentiel que vous êtes en train de nettoyer n'est envoyé nulle part pendant que vous le nettoyez — ce serait un comble.

Trois choses que le caviardage ne règle pas

Retirer le texte visible est nécessaire, mais un PDF transporte plus que ce qu'il affiche. Avant d'envoyer un document sensible, regardez aussi :

  • Les métadonnées. Auteur, logiciel, titre interne, parfois le chemin complet du fichier sur le poste de travail — donc le nom de l'utilisateur, et parfois celui du client dans le nom du dossier.
  • Les versions antérieures. Un PDF peut contenir son propre historique : les enregistrements successifs s'empilent au lieu de se remplacer. Une version d'avant la correction peut être encore lisible dans le fichier.
  • Les pièces jointes et les calques masqués. Un PDF peut embarquer d'autres fichiers, et des couches simplement rendues invisibles restent extractibles.

Rogner n'est pas caviarder

La confusion mérite d'être dite parce qu'elle est symétrique de la précédente. Rogner un PDF déplace le cadre visible de la page ; ce qui sort du cadre reste dans le fichier et se récupère en élargissant le cadre.

C'est parfaitement légitime pour supprimer des marges blanches ou recentrer un scan. Ce n'est pas un moyen de faire disparaître un en-tête gênant.

Vérifier son travail

Le contrôle prend dix secondes et il n'y a aucune raison de s'en priver sur un document qui engage.

Ouvrez le fichier caviardé, faites Ctrl+A (ou Cmd+A) pour tout sélectionner, copiez, et collez dans un éditeur de texte. Ce que vous voyez apparaître est ce que verra le destinataire s'il fait la même chose. Si le passage caviardé est dans le presse-papiers, le caviardage a échoué.

Utilisez aussi la recherche : cherchez dans le PDF un mot que vous pensiez avoir supprimé. S'il est trouvé, il est encore là.